Nous avons tous dénoncé haut et fort, à travers de multiples sorties publiques, l’abolition sans préavis du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Plus d’un millier de personnes ont marché dans les rues en février et près de 30 000 ont signé une pétition à l’Assemblée nationale pour demander au gouvernement du Québec de faire demi-tour. Cette mobilisation d’envergure témoigne d’un profond malaise et d’un sentiment d’injustice partagé largement au sein de la population québécoise.
Nous y étions. Et nous provenions de tous les horizons : syndicats, employeurs, organismes communautaires, citoyennes et citoyens engagés. Malgré nos réalités différentes, nous étions unis par une même conviction : le gouvernement du Québec doit accorder à ces personnes le droit acquis de postuler au PEQ, tel que cela leur avait été promis.
L’insécurité dans laquelle le gouvernement les a plongées nous touche toutes et tous. Ces gens ne savent plus ce que l’avenir leur réserve ici. Pourtant, nous les avons recrutés à l’international, nous leur avons tendu la main, et nous avons bénéficié de leur contribution essentielle dans nos entreprises, notre système de santé, notre réseau de l’éducation et bien d’autres secteurs névralgiques. Aujourd’hui, malgré leur apport indéniable et malgré les engagements pris, on leur ferme la porte sans explication ni transition. Ne pas tenir parole nous fait honte à leur égard et ternit notre image à l’étranger.
Ces personnes ont des ambitions, des rêves, des projets de vie. Elles ont choisi le Québec, s’y sont enracinées et y ont trouvé un milieu de vie qu’elles aiment. Pourquoi serions-nous incapables de concilier nos besoins criants de main-d’œuvre avec leur désir légitime de s’établir ici de façon durable?
Ce sont des travailleuses et des travailleurs déjà parmi nous depuis des mois, parfois des années. Ils s’intègrent, parlent ou apprennent le français, paient des impôts, s’impliquent dans leur communauté et contribuent activement à la vitalité de nos régions. Les forcer à partir serait non seulement injuste, mais profondément contre-productif.
Après la pandémie, nous avons connu une crise de main-d’œuvre comme nous n’avons jamais vu auparavant, accentuée par le vieillissement de la population québécoise. Faire porter aux immigrants toute la responsabilité de problèmes complexes comme la crise du logement ou les défis en éducation, c’est refuser de regarder la réalité en face. Ces enjeux ont des causes multiples. L’apport des êtres humains est largement supérieur aux coûts qu’on leur attribue. Les voir partir nous brise le cœur — et fragilisera assurément notre économie et nos services publics.
Le PEQ offrait une prévisibilité essentielle, tant pour les travailleurs étrangers que pour les employeurs, les collègues, les usagers et l’ensemble de la société qui bénéficie de leur présence. Son abolition soudaine crée de l’instabilité humaine, sociale et économique, particulièrement dans nos régions.
Partout au Québec, des entreprises, des institutions, des villes et des villages s’inquiètent déjà : comment remplacer, dans quelques mois, cette main-d’œuvre qualifiée, intégrée et engagée?
Nous sommes fiers de l’économie québécoise et de sa capacité à créer de la richesse collective. Mais cette prospérité ne peut se maintenir sans les femmes et les hommes qui la font vivre au quotidien. Nos chantiers, nos écoles, notre système de santé, nos entreprises ont besoin de ces travailleuses et travailleurs. Nos régions ont besoin de toutes ces personnes pour les dynamiser et les faire grandir.
Nous demandons donc au gouvernement du Québec, et au ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, de faire preuve de cohérence, de respect et surtout d’humanité. Offrir une clause de droits acquis à toutes les personnes admissibles au PEQ, c’est une question de justice, de responsabilité et d’avenir pour le Québec.
Peu importe qui succédera à François Legault, les deux candidats en lice ont déjà démontré une ouverture évidente à l’effet d’introduire une clause de droits acquis. Pourquoi, alors, attendre au 12 avril avant d’agir et de mettre un terme à ce supplice inutile?
Signataires :
Michelle LLambías Meunier, présidente et cheffe de la direction, Conseil du patronat du Québec (CPQ)
Caroline Senneville, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Julie Bouchard, présidente, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
Robert Comeau, président, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
Christian Daigle, président général, Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ)
Isabelle Dessureault, présidente et cheffe de la direction, Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM)
Éric Gingras, président, Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
Magali Picard, présidente, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
Véronique Proulx, présidente-directrice générale, Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ)
Martin Trudel, troisième vice-président, Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)
Luc Vachon, président, Centrale des syndicats démocratiques (CSD)
Julie White, présidente-directrice générale, Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ)



